« Les mots du zinc » #04 : “Chat de gouttière”

 

 

L’imagerie du toit tient beaucoup aux matériaux, aux savoir-faire, aux professionnels, couvreurs ou zingueurs, qui s’y aventurent le temps d’un chantier. Mais elle fait aussi la part belle aux habitants de ces lieux perchés. On pense d’abord aux oiseaux de toutes sortes, aux petits rongeurs ou aux abeilles. Les chats tiennent une place particulière dans cet univers secret. Ils y sont à l’aise, passent si facilement d’un chéneau en zinc à un appentis de tuiles plates pour venir se poster, hiératiques, sur un faitage et narguer ainsi symboliquement le monde agité d’en bas ! Aujourd’hui nous nous intéresserons donc à l’expression bien connue du « chat de gouttière ». Ne serait-il pas le gavroche des félins ?

1.CHAT (DE GOUTTIÈRE)

On le sait tous, les chats aiment dominer, se promener dans les hauteurs. Les chats et les toits, c’est une longue histoire. On aurait pu les appeler les chats des tuiles ou les chats des ardoises, mais on les a pourtant appelés les chats de gouttière. Ce nom est venu encore une fois des Parisiens. Cette formule, passée à la postérité, leur permettait de qualifier poétiquement les chats domestiques n’ayant pas de race précise et d’éviter ainsi de parler de chats bâtards. Car le chat de gouttière est un bâtard de la plus belle espèce !

On peut quand même trouver une justification à cette appellation. La gouttière n’est pas le toit mais bien le bord du toit, et le bord du toit, pour un chat, même sans pedigree, c’est l’endroit stratégique, la quintessence du poste d’observation pour guetter sans être vu, pour voir arriver discrètement les pigeons bêtes et les autres volatiles distraits. De plus, à Paris, la gouttière est très souvent en zinc, et le zinc au soleil présente la caractéristique d’accumuler la chaleur. Donc non seulement notre chasseur est aux premières loges, mais son fauteuil est chauffé. En résumé, la gouttière en zinc, c’est finalement peut-être le paradis du chat sur terre !

  Chronique de VMZINC