Back to black

 

 

Le noir compte pour les architectes. On peut presque parler de fascination. Il n’est pas ici question de lancer un débat sur le noir dans l’histoire de l’architecture mais juste d’évoquer les matériaux noirs et leur usage contemporain dans l’enveloppe des bâtiments.

Le noir est intemporel

Le noir est le meilleur moyen de mettre en valeur les autres attributs du luxe, dorures et argenteries, de placer le produit dans un écrin qui le met justement en lumière. De la formule 1 des années 70’s (les célèbres Lotus John Player Spécial) au parfum de la petite robe de Guerlain, il s’est ainsi développé une idéologie positive du noir pouvant être interprétée comme un moyen d’anesthésier la référence mortuaire historiquement attachée à cette couleur. Le noir n’est donc pas à la mode, ou à nouveau à la mode. Il est intemporel.

Le zinc noir : de simple accessoire à matériau d’architecture

L’histoire du zinc noir est récente. Développé au début des années 80, selon un principe de phosphatation de la surface (accélération et amplification par un procédé industriel de la patine naturelle), il était censé permettre l’intégration visuelle des finitions traditionnelles et des ventilations des toitures en ardoises. Ces finitions en zinc naturel jugées trop claires allaient être ainsi intégrées subtilement à la couleur générale de la toiture.

C’est bien ce qui s’est passé dans les régions ardoisières – Pays de Loire / Grand Ouest, il est devenu le métal des coutures. Appelé d’abord « zinc prépatiné » puis plus tard « ANTHRA-ZINC » (pour se différencier du « QUARTZ-ZINC », le zinc gris clair, également prépatiné, qui lui a succédé, ce zinc noir nuancé a vite été détourné par les architectes. Son usage a dépassé celui de simple accessoire de la toiture pour s’étendre à sa pleine surface.

Avec le recul, on peut dire que cet aspect de surface a permis, dans les années 80 et 90, à repositionner le zinc comme matériau d’architecture (*) C’est lui en effet qui a changé le point de vue. Le zinc n’est plus seulement utilitaire. Il n’est plus seulement cette solution fiable pour gérer les terrassons parisiens, la réponse aux faibles pentes, le produit discret dont seuls les zingueurs profitent. On va pouvoir dorénavant le montrer. On va pouvoir le faire descendre sur les façades.


La casa M-Lidia de RCR architectes (Pritzker prize 2017)

ANTHRA-ZINC : intense, non uniforme, plébiscité par les architectes

Rien à voir avec les produits laqués, les galvanisés revêtus, les tôles aseptisées au kilomètre. Son noir est intense et pourtant il n’est pas uniforme, il évolue dans le temps. Il joue avec le ciel et les intempéries. Il se travaille comme le zinc naturel mais il n’est plus du tout le zinc naturel.

Une vraie déferlante. Claude Vasconi en 1986 le choisit pour son Métal 57 à Boulogne- Billancourt. Le jour de l’inauguration lors de sa conférence de presse, il redit sa conviction « qu’on peut construire des bâtiments industriels avec des matériaux pérennes comme le verre, la brique où le zinc » et qu’il n’y a pas de fatalité aux boites rectangulaires quand le maître d’ouvrage (ici la régie Renault) joue le jeu de l’audace et de la qualité.


Metal 57 Boulogne - Billancourt

Trente ans après, le zinc pré-patiné est toujours là. Il s’est éclairci. Il en a pris plein les travées de la pollution des voies sur berge. La patine naturelle est revenue. L’usine est devenue un centre culturel et peut-être bientôt une gare du RER. Métal 57 est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques.

Ce bâtiment reste pour nous une prouesse. Comment extrapoler le discret tasseau du terrasson parisien en une nervure vigoureuse capable de donner toute sa force à la toiture gigantesque d’un bâtiment industriel. Affaire d’échelle. Vasconi nous l’a fait faire ! Les lignes de ces nervures qui partent quasiment du sol et s’élèvent en une vaste cascade de sheds réussissent, avec l’effet des ombres portées, à faire de cette enveloppe une œuvre d’art dont la masse est atténuée justement par la couleur noire du zinc.

Le noir en architecture est protéiforme

Sur les toits, il peut prendre l’allure de cellules photovoltaïques au silicium, se répandre en larges bandes de bitume ou en milliers d’ardoises naturelles légèrement bleutées. En ce moment ce sont les produits brûlés qui ont la cote. Quelques architectes avaient tenté artisanalement de noircir le bois à la flamme. Maintenant il est disponible sur catalogue !

Le caoutchouc des membranes EPDM commence aussi à intéresser les designers. Des toitures- terrasse, il s’aventure parfois sur les façades et apparaît comme une toile sombre enrobant l’isolation comme un capiton ! Le cuivre dans sa trajectoire qui le voit évoluer de l’orange au vert, passe un temps par le noir intense.

Mais le noir c’est aussi une couleur obtenue par contraste. Les façades perforées deviennent la nuit des lanternes qui éclairent la rue et font apparaître, en ombre chinoise, l’enveloppe comme un voile noir parfait.


Eglise de Ronchamp par Le Corbusier

Outre noir

Fantasme. Nous aurions rêvé de mettre notre zinc noir, produit en Aveyron, dans les mains d’un célèbre aveyronnais, le peintre Pierre Soulages. Peut-être aurait-il pu produire une toile faite d’un camaïeu de plaques d’ANTHRA-ZINC Mais à son âge (98 ans) Soulages, comme il le dit, ne veut plus « broyer du noir » et travaille d’autres couleurs !

Ombre et lumière

Quelles que soient les modes - celle actuelle d’un retour des couleurs «flashy»- , quelles que soient les tendances plus profondes - celle à laquelle nous souscrivons, des couleurs pastels et naturelles liées à la patine des matériaux -, quelles que soient les injonctions du moment (la verdure qui dégouline des toitures et des façades), le noir restera un allié fondamental de l’architecte.

  Chronique de VMZINC