“Les mots du zinc” #02 : prendre un verre sur le zinc

 

 

S’il y a bien une expression connue et utilisée par les français, c’est bien celle-ci qui évoque les discussions enflammées dans ce lieu de socialisation qu’est le bar. Elle évoque aussi le fameux ballon de rouge posé sur le comptoir.

On en a tous vu des comptoirs. On sait qu’ils sont le plus souvent en métal. Parfois ils brillent, parfois ils sont plus rugueux. Et toujours, ils sont méthodiquement essuyés par le patron.

Quand on les regarde bien, on se rend vite compte qu’ils sont de petits chefs-d’œuvre de pliage et de soudure. Pourquoi a-t-on appelé le comptoir français un zinc ?

Une brève histoire du comptoir en zinc

« Il fut une époque dans la première moitié du 19ème siècle où la plupart des comptoirs des bars et estaminets de France étaient réalisés en zinc laminé. Ces comptoirs reprenaient les formes cintrées et le vocabulaire des moulures des membrons et des entablements des toitures en zinc. Ce sont d’ailleurs des couvreurs-zingueurs qui les installaient sur des supports continus en bois, en prenant bien soin de cacher les soudures à l’intérieur des plis. Le zinc qui résiste si bien aux intempéries en développant une patine protectrice n’a pas eu le même succès auprès des cafetiers. Il faut savoir que le zinc neuf est assez sensible à l’acide des boissons alcoolisées. A la fin de la journée, les comptoirs en zinc étaient ainsi recouverts d’auréoles disgracieuses laissées par les pieds des verres de rouge. Les cafetiers, pour retrouver l’aspect uniforme et brillant initial devaient tous les soirs se mettre à frotter consciencieusement la surface rugueuse du zinc. Ils le faisaient au moyen d’une botte de bouchons de liège, assemblés par une simple corde, qu’ils déplaçaient dans d’amples mouvements circulaires sur la surface du comptoir pour en retrouver l’aspect brillant d’origine. Ce travail besogneux a fini par lasser les cafetiers qui s’en sont remis à d’autres métaux, l’étain d’abord puis l’acier inoxydable ensuite. D’où l’importance d’être le premier pour passer à la postérité… ! »

  Chronique de Roger Baltus