Tour Montparnasse 2024 : un projet architectural ambitieux made in France !

 

 

La Tour Montparnasse est une incongruité dans le paysage parisien. Quelle mouche avait donc piqué les élus pour valiser un tel projet au début des années 70 ? Quel effet de mode les avait-il embarqués dans le projet de cette construction sortant complètement des standards de l’urbanisme sage d’Haussmann ?

Ce monolithe brun, mal aimé depuis sa construction, cumule des défauts. Tellement haute par rapport aux bâtiments voisins que les habitants du quartier vivant au niveau du sol disent, en souriant, qu’ils ne la voient pas sauf quand ils sont dans son ombre portée ! Même sensation de dépossession à l’intérieur : vous êtes au milieu de Paris mais vous n’en voyez qu’un côté et encore de tellement haut que vous ne faites plus partie de la ville !

Malgré le respect que je porte à ses concepteurs et architectes de l’agence AOM (Agence pour l’Opération Maine-Montparnasse), parmi lesquels Eugène Baudouin et Jean Saubot, j’ai toujours trouvé que c’était un remake moins réussi de la « Pirellone », la Tour Pirelli de Milan conçue par Gio Ponti et mon maître, Pier Luigi Nervi. Moins bien élancée, moins innovante avec son noyau central en béton, cette tour a parfois été qualifiée de catastrophe urbanistique !. Le point le plus négatif de ce deuxième plus grand building de Paris : sa couleur ! Affaire de goût, sans doute, mais force est de constater qu’elle manque d’élégance et de caractère. Ses murs rideaux bruns anodisés sont maintenant très datés.

Pas de démolition mais une renaissance

Sorte de contrepoint opaque à la Tour Eiffel, dont elle n’atteint, pas loin s’en faut, la hauteur (209 m pour 313 m à la Tour Eiffel), la Tour Montparnasse ne sera pas démolie !.

Le concours pour sa rénovation lancé début 2016 a visé plusieurs objectifs : la mettre au goût du jour, de mieux l’intégrer et l’articuler à son quartier dont elle est devenue le symbole, malgré elle. Amiante, simples vitrages, hall riquiqui et plateaux à l’organisation obsolète : les challenges ne manquaient pas.

Sept cents équipes françaises et internationales ont marqué leur intérêt pour ce bâtiment emblématique très médiatisé. Sept équipes (*) ont été appelées à concourir (soit seulement 1% des postulants donc 99 % d’entre eux non rémunérés pour cette compétition, j’en reparlerai dans un prochain Post). Deux finalistes se sont battus pour la victoire.

La nouvelle AOM : l’équipe lauréate dans ses bureaux au 44ème étage composée de Mathurin Hardel, Franklin Azzi, Frédéric Chartier et Pascale Dalix et Cyrille Le Bihan

Conception made in France

C’est le projet français, plutôt sage, de la structure autoproclamée « nouvelle AOM » qui l’a emporté devant l’équipe américaine de Studio Gang, dont j’aimais pourtant bien le look déstructuré des façades entièrement vitrées mais peut-être un peu trop vitrées… Ce projet, finaliste a été qualifié par Jean-Louis Missika, adjoint à l'urbanisme et à l'architecture de la maire de Paris, de celui « le plus respectueux du patrimoine urbain existant et le plus ambitieux ».

Mathurin Hardel, architecte de l’agence constituée spécialement pour l’occasion, a résumé les ambitions du projet lauréat : « d’opaque, énergivore, amiantée et monofonctionnelle, la Tour deviendra claire, bas carbone, économe et capable d’offrir de nouveaux usages, notamment dans sa partie basse avec commerces, crèches, salle d’exposition. Un hôtel occupera par ailleurs quatre étages en partie haute.

Un lifting « vert » de grande ampleur

Cette métamorphose fait la part belle à la verdure et aux démarches de construction durable, désormais dénominateur commun de nombreux projets architecturaux parisiens (dont ceux bien connus des concours « réinventer Paris » et « réinventer la métropole du Grand Paris »

Ainsi, les treize premiers étages seront élargis pour accueillir des balcons et des jardins d’hiver. Un jardin suspendu spectaculaire sera posé sur le 14ème étage entièrement évidé. Et last but not least, une serre climatique dite « serre agricole » viendra couronner, 850 mètres carrés de panneaux photovoltaïques fourniront la moitié des besoins en éclairage artificiel de la tour. Une ventilation naturelle (aux deux tiers) ajouté au réemploi des matériaux sur le chantier notamment, devraient contribuer à l’exemplarité du bâtiment au plan environnemental, à énergie positive et bas carbone. La consommation énergétique actuelle de la tour sera ainsi divisée par dix !

Malgré l’ajout de la double peau vitrée, la silhouette générale si reconnaissable sera volontairement conservée avec ses deux vastes galbes et ses extrémités à pans coupés rentrants. Surélevée de 18 m supplémentaires, la tour sera visuellement allégée du fait de la transparence de sa nouvelle enveloppe.

On les connait bien !

Le choix de la « Nouvelle AOM » me ravi d’autant plus que ces architectes sont de fréquents utilisateurs du VMZINC. Frédéric Chartier et Pascale Dalix ont été lauréats du Trophée Archizinc en 2016 pour le Collège Moulins à Lille. Cyrille Le Bihan et Mathurin Hardel n’en sont pas à leur première surélévation dans lesquelles le VMZINC recouvre judicieusement toitures et façades d’un petit immeuble d’habitation rue Delbet Paris 14ème.

Rendez-vous donc en 2024 pour la livraison après deux ans dans une tour fantôme inoccupée ! Le quartier devra être patient mais il y gagnera tellement en nouveaux usages, en attractivité et en fierté !

Roger Baltus
Ingénieur architecte
Directeur de la communication VMZINC

  Chronique de Roger Baltus