Abdoun Fashion Atrium, le centre commercial avant-gardiste d’Amman

 

 

Pour ce nouveau post dédié à ma série Zinc Extrême, direction le Moyen-Orient, région du globe en ébullition. La stabilité de la Jordanie s’accompagne d’une relative prospérité économique, justifiant le développement de nouveaux centres commerciaux, tel l’Abdoun Fashion Atrium. Une sublime référence en zinc située à Amman, conçue par l’architecte Khalid Nahhas, fondateur de l’agence Symbiosis Designs Ltd.

Il a osé le zinc !

À l'époque romaine, Amman était appelée Philadelphia. C’est l’une des plus vieilles villes du monde à être toujours habitée. Elle me fait un peu penser aux utopies de Yona Friedman (*) quand on la regarde de loin. Un éboulis, un empilement de boites de couleurs claires, de la terre dans toutes ses nuances de blanc d’ocre et de sable.

En 2017, après les vicissitudes que l’on connaît dans cette région du monde sous tension, le cœur de la Jordanie se remet à battre dans ce territoire écartelé entre son passé, qui vous regarde du haut des colonnades en pierre, et son avenir aux accents occidentaux.

Il fallait bien connaitre son pays et sa ville. Il fallait aussi avoir beaucoup roulé sa bosse pour oser proposer en ces lieux un bâtiment aussi fort et aussi inattendu que l’Abdoun Fashion Atrium, inauguré en 2016.

L’architecte Khalid Nahhas l’a fait. Il a osé le zinc ! De mon côté, j’aurais pu parler de ce bâtiment juste parce qu’il était là, dans cette ville où notre zinc n’avait jamais été posé. Pourtant, ce sont d’abord et avant tout les qualités architecturales indéniables de cet ensemble qui m’a incité à le mettre en exergue dans ce Post.

Plus qu’une série de boutiques, le promoteur entendait créer un ensemble avant-gardiste à la hauteur des produits vendus sur place par des maisons de couture haut de gamme. L’architecte a donc voulu structurer son projet autour du lien unissant la mode et l’architecture, recherchant des traits communs de légèreté, d’évanescence et de fluidité, tout en apportant une certaine étrangeté.

Le Flamboyant et le Socle

Le programme se répartit en deux blocs jouant délibérément l’opposition. Le premier, baptisé « le flamboyant », est opaque, massif, irrégulier et audacieux aussi avec son spectaculaire porte à faux. Le second, sous la forme d’un prisme majoritairement vitré, stable et solidement ancré dans le sol, lui sert de contrepoint et mérite son appellation de « socle ».

Le Flamboyant porte bien son nom. Les ouvertures irrégulières, effilées, semblent taillées dans une masse minérale entièrement faite de zinc gris, rigide comme une coque ou un bouclier. La disposition aléatoire des percements gomme toute référence à l’ordre constructif, brouillant également les notions de pesanteur au profit de la fluidité et de la légèreté.

L’évidence du zinc

L’architecte Khalid Nahlas souhaitait un matériau d’enveloppe léger et réactif aux aléas du climat. Il voulait aussi un matériau naturel. Ce sont finalement des panneaux de zinc composite perforés qui ont été employés dans un système assez sophistiqué de double peau. Les découpes des panneaux contribuent à la ventilation, au contrôle de l’éclairage et des vues, tout en répondant à la volonté de minimiser les quantités de matière employées grâce à l’intelligence de la conception. Plus de matière grise pour moins de matières premières, en somme.

Ce projet a été primé en 2016 lors du dernier Trophée Archizinc à l’unanimité du jury !

Roger Baltus
Ingénieur architecte
Directeur de la communication VMZINC

(*) Yona Friedman, né le 5 Juin 1923 (94 ans) à Budapest, est un architecte et sociologue français d'origine hongroise. On parle de lui comme un « architecte de papier » aux conceptions futuristes. Sa production en plans, maquettes (dont certaines sont à échelle 1:1 et peuvent être visitées) et autres moyens de communications (bande dessinée…) font l’objet d’expositions artistiques. De ce point de vue, il est plus considéré comme un artiste que comme un architecte, pour une production de pièces d’un « art qui est porteur de message ».

  Chronique de Roger Baltus