Saga Vieille Montagne - Episode 10 : Une brève histoire du futur du zinc

 

 

Confidence

On ne peut pas admettre qu’une saga industrielle aussi riche que celle de la Vieille Montagne puisse se terminer simplement par la description de l’état actuel de l’entreprise ! Car l’histoire continue et nous avons tous envie de remettre une pièce dans la machine pour découvrir la suite de l’aventure !

Il faut néanmoins que je vous dise que VMZINC va tourner dans les prochaines semaines une page capitale de son histoire.

Comme je l’ai relaté dans le neuvième épisode, Umicore a fait sa mutation en se positionnant comme un leader mondial du recyclage, de l’énergie et de la mobilité propre. De ce fait, Umicore a décidé de se séparer de ses activités historiques liées au zinc. La business unit Zinc Chemicals a été vendue en 2016 et s’appelle dorénavant « Everzinc ». C’est maintenant au tour de la business unit Building Products d’être mise en vente. Cela sera fait dans les prochains mois et avant la fin de l’année. Quoiqu’il arrive, elle conservera sa marque VMZINC qu’elle a préservée comme la prunelle de ses yeux depuis l’origine, marque prestigieuse qui fait partie de ce que l’on appelle ses « intangible assets » (ses avoirs intangibles)

La boucle est-elle bouclée ?

Avec émotion, on pourrait dire que la boucle est bouclée. En effet, la toute première application du zinc en 1811 (voir l’épisode 1 de la saga) se fit sur un toit et le zinc était déjà laminé. Et c’est à la division bâtiment, la seule qui agit encore en 2017 sous l’enseigne de la Vieille Montagne (VMZINC), qu’il reviendra en dehors du Groupe Umicore de prolonger la fabuleuse histoire !

Mais est-ce si difficile de savoir ce qui va se passer dans notre secteur dans les 30 prochaines années ? Est-ce si compliqué d’imaginer l’avenir à moyen terme de l’usage de produits professionnels, comme ceux de la gamme VMZINC liés à au secteur de la construction perçus comme très traditionnel ?

Le bâtiment à la pointe de l’innovation !

C’est peut- être la première erreur à ne pas commettre. Dans le monde entier, le bâtiment n’a jamais connu une aussi rapide mutation que depuis moins d’une dizaine d’années ! Une révolution lente est en marche. Elle vise à concevoir et à exploiter différemment les bâtiments. L’objectif même s’il est ambitieux et à moyen terme, c’est de transposer à la construction les méthodes et les pratiques de l’aéronautique ou de l’automobile.

En particulier c’est, grâce à la gestion intégrée des données et des informations, de pouvoir notamment anticiper dès la conception les erreurs aux interfaces entre les corps d’état, erreurs qui étaient jusqu’à présent identifiées et traitées au niveau du chantier. C’est aussi grâce à la numérisation de la maquette du projet, de pouvoir remettre à plat la manière de travailler entre eux des acteurs successifs du projet, à l’aide d’un langage et de supports communs complètement informatisés. Je veux parler ici de l’irrésistible démarche du BIM (Building Information Modeling) qui en est au stade, je dirais, de l’expérimentation avancée, de la convergence progressive des formats et des pratiques par des acteurs encore pionniers mais déjà en mesure par la pratique concrète de démontrer les gains réels de la démarche.

On peut d’ores et déjà sans risque prédire qu’en 2050, le BIM sera généralisé et que la conception et la maintenance de 100% des bâtiments neufs sera gérée par cette méthode qui dématérialisera les supports de représentation, réduira considérablement les délais et transformera significativement les métiers du bâtiment à commencer par celui de l’architecte qui aura à sa disposition en accès direct en ligne et gratuitement, quasiment toute l’offre des industriels. Ces derniers auront abandonné leurs traditionnels catalogues papier, et leur offre sera disponible dans des portails généralistes ou dans des bases de données mutualisées actualisées en temps réel. Leurs équipes commerciales n’auront plus besoin de visiter les clients qu’ils soient architectes ou installateurs sur-informés, sauf pour venir leur proposer des échantillons ou des maquettes personnalisées en mode projet. Ces profils commerciaux traditionnels verront leur compétence évoluer vers plus de connaissance technique pour aborder avec les clients leurs problématiques fonctionnelles et d’interfaces.

Concrètement en ce qui concerne l’offre VMZINC, il ne s’agira plus de vouloir « placer » ses produits et systèmes de couverture, de façade ou de collecte des eaux pluviales sans évoquer et aider à concevoir les liens avec les matériaux et systèmes adjacents ou avec les composants de la sous- construction.

Solutions, systèmes et packages

Ceci m’amène à évoquer la logique systémique attendue par les maîtres d’œuvre. Contrairement à ce que l’on croit, l’architecte est loin d’être un créatif débridé à longueur de journée. Il doit jouer un rôle de chef d’orchestre qui coordonne, rend compatible plus qu’il détaille. S’il agit globalement sur le programme, les proportions, la forme et le choix des matériaux, il apprécie qu’on lui propose des solutions constructives fiables et bien définies, si possible avec des performances garanties. Il attend donc des industriels non pas de complexifier sa tâche mais bien de la rendre plus facile par la proposition de « packages » dont il pourra mesurer simplement la compatibilité avec son projet et leur valeur par rapport aux critères quantitatifs qu’il a établi.

C’est pourquoi, l’offre VMZINC que nous avons commencé à numériser (« à bimiser ») ne peut pas être basée sur l’offre catalogue de base, c’est-à-dire sur des produits isolés, mais bien sur des systèmes complets qui prennent en charge l’ensemble de la paroi, depuis le parement en zinc jusqu’au mur porteur, que ce soit en toiture ou en façade.

Pour accepter notre parement ou notre couverture en zinc, l’architecte voudra que nous lui proposions un système cohérent, complet, avec des performances clairement décrites que ce soit au niveau de sa résistance mécanique, thermique ou acoustique. En résumé, même si nous ne vendrons pas (a priori) l’isolant, le pare-vapeur ou l’ossature secondaire ou primaire, nous devrons les décrire avec compétence et présenter ces composants de manière générique dans notre système. L’architecte appréciera encore plus que ces systèmes soient mis en œuvre par la même entreprise. Les couvreurs-zingueurs devront donc étendre leur compétence à ces composants connexes, cela d’autant plus que les réglementations thermiques en obligeant à mettre en œuvre des isolants de plus en plus épais vont influencer la réalisation en éloignant le parement du mur porteur ou de la charpente. A titre d’exemple, le très performant système de toiture dit « sarking » où l’isolant rigide est rapporté par l’extérieur et sert directement de support au matériau de couverture, doit être mis en place par le couvreur.

Contre le zinc Vieille Montagne, l’eau a déjà tout essayé

Pour faire de la prospective, il faut partir du présent.

Première affirmation : quasiment tout le VMZINC posé en 2017 sera toujours sur les toits et les façades en 2050. Il sera même en grande forme, juste patiné, car 33 ans c’est aussi un bel âge pour notre matériau. Nous ferons donc toujours partie du paysage même si autour les choses auront pas mal évolué.

Deuxième affirmation : en 2050 il pleuvra toujours et peut-être même dans certaines régions plus qu’actuellement. Ceci me fait penser à une de nos campagnes publicitaires qui s’intitulait : «contre le zinc de la Vieille Montagne, l’eau a déjà tout essayé » et qui montrait une gouttière en hiver ornée d’impressionnantes stalactites puis la même gouttière noyée sous des trombes d’eau ou sous un soleil brûlant !

Dans mon post 67, j’ai évoqué la raison d’être de notre entreprise que j’estime être complètement liée à l’objectif, atteint avec l’aide des zingueurs, d’empêcher l’eau de pluie de pénétrer dans le bâtiment que le VMZINC protège ! C’est pourquoi, je peux affirmer qu’il y aura encore beaucoup de notre matériau sur les toits en 2050, pour traiter « les coutures » et les raccords, d’autant plus que nous aurons continué à former intensivement les zingueurs par des moyens digitaux efficaces que sont notamment les tutoriels !

Troisième affirmation : en 2050 l’eau de pluie sera captée localement par la toiture au profit des habitants. Déjà au Japon ou en Allemagne, l’eau de pluie récupérée puis directement stockée remplace entre 25 et 40% du volume d’eau consommée par les occupants. Cette collecte à la source permet en outre de mieux gérer en les retenant les flux surabondants liés aux orages, flux qui en s’accumulant peuvent saturer les réseaux d’évacuation urbains et entraîner parfois des dégâts importants ! Voici donc un enjeu pour les réseaux d’évacuation horizontaux et verticaux en zinc qui pourront s’étendre pour acheminer l’eau de pluie dans des citernes collectives à l’échelle d’un îlot ou d’un quartier. Peut-être aussi s’agira-t-il pour VMZINC de développer de nouvelles compétences dans le domaine du stockage, du traitement et de la réutilisation quotidienne de l’eau de pluie !

L’enveloppe des bâtiments : le grand enjeu de la captation des énergies

L’enveloppe des bâtiments reste un espace important de l’investissement de l’architecte car elle en signe le sens et l’image. C’est vraisemblablement le dernier véritable espace de liberté qu’il lui est laissé. Mais la recherche esthétique n’en est pas la seule raison. L’enveloppe, perçue comme une peau, est sans conteste le lieu essentiel d’échange avec les énergies atmosphériques, la lumière, la chaleur solaire, le vent et, comme évoqué précédemment, l’eau de pluie. Aucune de ces énergies ne pourra seule répondre aux besoins de l’habitation mais ensemble elles pourront contribuer à l’objectif atteignable pour le bâtiment d’être autonome énergétiquement (c’est déjà faisable) puis un peu plus tard (vers 2030) d’être même producteur excédentaire. Les réglementations thermiques dans le monde entier vont dans cette inéluctable direction.

L’enveloppe en 2050 sera donc vraisemblablement le lieu d’implantation de nombreux capteurs thermiques et photovoltaïques, de micro-éoliennes (*) et d’autres outils de mesure voire d’éléments d’éclairage par leds. On pourrait penser ainsi que la surface des matériaux de couverture traditionnels pourrait se réduire. En ce qui concerne le zinc, on peut rester optimiste en anticipant qu’il pourrait rester, même recouvert et caché, le matériau d’étanchéité fiable et adaptable à ces nouvelles configurations. On peut par exemple raisonnablement pronostiquer le retour de la couverture dite à tasseau revisitée dont les jonctions longitudinales avec couvre-joints pourraient servir de passage des câbles et des divers raccords des capteurs.

(*) Là aussi on peut commencer à imaginer une toiture constituée de tuiles éoliennes intégrant chacune une micro-turbine au sortir d’une petite tuyère formée dans la plaque de zinc emboutie. Ces petites éoliennes reliées entre elles pourraient produire de quoi compléter l’installation photovoltaïque.

Avec un peu d’audace, il n’est pas utopique de penser que les matériaux photovoltaïques, en fait les substrats métalliques (produits par Umicore !) pourraient être directement projetés comme une peinture sur la toiture en zinc déjà posée. Il suffirait alors de connecter à ces extrémités l’ensemble de la surface de la toiture qui constituerait ainsi un capteur photovoltaïque géant et très économique !

Toitures connectées et toitures en leasing !

Est-il incongru d’imaginer en 2050 les éléments de couverture en zinc comme des objets connectés, avec inclusion dans la masse du zinc de micro-capteurs assurant la mesure constante par exemple de l’usure (run-off), des cycles de dilatation, de l’étanchéité ou encore de la déformation sous le vent ! En d’autres termes, la vie de votre toiture en zinc suivie sur un écran de contrôle !

Une autre piste intrinsèquement liée aux qualités de durabilité de notre matériau, c’est celle de la location du toit. VMZINC c’est la BMW de la toiture et de la façade : qualité et performances incomparables, look particulier alliant classicisme et modernité et grande valeur de revente. De quoi imaginer VMZINC propriétaire d’un parc international de toitures en leasing longue durée incluant éventuellement les fonctions de captation des énergies, la maintenance et éventuellement la pose initiale avec garantie. Le client en cas de revente de son bien transmettrait son contrat de location et une option d’achat pourrait même être proposée au bout d’un certain temps (30, 40 ou 50 ans !) Ceci constituerait un changement significatif du « business model » auquel VMZINC pourrait associer ses clients installateurs.

L’esthétique de l’enveloppe : Quelle tête aura le VMZINC ?

Si l’on en juge par l’appétence des architectes pour nos patines, nos traitements de surface ou nos colorations, la gamme VMZINC en 2050 sera démultipliée et élargie à de nouveaux aspects. La gamme engravée AZENGAR® n’en est qu’à ses débuts. Le VMZINC, tout en restant la matière noble qu’elle est, sera à nouveau déclinée en de nouvelles nuances de gris, en d’autres prépatines colorées. Il sera écorché, scarifié, attaqué à l’acide, gravé au laser et peut-être mêlé ou associé à d’autres matières comme le bois, l’inox ou le verre !

La ville par le haut

Voici un sujet qui me passionne. L’intérêt que suscitent, dans les grandes villes, les fameux « roof tops » et autres terrasses accessibles, permettent aux visiteurs et aux fêtards de d’appréhender autrement la ville vue d’en haut.

Et si nous habitions sur les toits ? Et si l’entrée dans nos futurs immeubles urbains se faisait par le haut ?

Nous avons tous en tête le souvenir de Bruce Willis en chauffeur de taxi, volant entre les immeubles, dans le « Cinquième élément », le célèbre film de Luc Besson. En arriverons-nous, comme cela était suggéré, à évoluer en altitude pour échapper à la pollution et aux vicissitudes de la vie glauque qui se sera développée au niveau du sol ? Les moyens de transport s’ils évoluent, avec l’expérience des drones, vers des petits aéronefs collectifs ou individuels, transformeront peut-être les toits en pistes d’atterrissage ou en parkings pour ULM ? VMZINC deviendra-t-elle alors le spécialiste de l’étanchéité des « hélisurfaces » ?

L’avenir est ce que l’on veut bien en faire

Voilà brossées, en quelques paragraphes, des pistes de développement que pourrait emprunter notre entreprise dans les prochaines années. Il y aura des choix et des investissements à mener, de nouveaux métiers à apprendre. Il faudra aussi se renouveler sans se renier comme nous avons su le faire depuis 180 ans.

Si ces prévisions majoritairement très réalistes ou celles un peu plus prospectives vous ont interpellé, donnez-nous votre avis ! Si votre vision du futur de la construction diffère, présentez-nous la !

Nous adorons parler d’avenir

  Chronique de Roger Baltus