La loi française sur l’architecture à 40 ans !

Il est des anniversaires qu’il convient de célébrer pour ce qu’ils sont : des repères qui balisent un chemin. Le 11 janvier dernier, un colloque s’est tenu à l’Académie d’Architecture, Place des Vosges à Paris pour fêter le quarantième anniversaire de la loi n°77-2 du 3 janvier 1977, qualifiant d’intérêt public «la création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine».

L’architecture comme expression de la culture.

Cette loi a été la première en France à encadrer l’organisation de la profession et son mode d’exercice.

Elle a été rendue visible par la création des désormais bien connus Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement (CAUE). Ces structures délocalisées sont devenues des acteurs-clés des territoires et de la ville par leurs missions de conseil aux maîtres d’ouvrages publics et privés ainsi que leur rôle actif dans la formation et la sensibilisation de ces prescripteurs. Cette loi a clairement revalorisé le travail de l’architecte et surtout a permis de le rendre visible dans son utilité auprès du grand public.

Lorsque je suis arrivé en France au début des années 80, cette loi toute récente était beaucoup discutée. En tant qu’industriel, nous étions déjà sollicités par des représentants de ces CAUE pour présenter nos réalisations et évoquer, devant des élus ou des particuliers en région, les particularités de notre matériau qui avait et a eu beaucoup à gagner de cette volonté d’élever, par l’intervention directes des architectes, le niveau de qualité des constructions à travers tout le pays.

La profession a-t-elle su/pu exploiter la plus value de cette loi ?

Pas vraiment. Les nombreuses dérogations ajoutées aux fréquents non-respects (bien français) des textes voir leur détournement ont souvent marginalisé les architectes. De plus la complexification de la construction (qui a favorisé l’apparition de nouvelles professions de la maîtrise d’œuvre), a contribué à recentrer les interventions des architectes sur leurs seules missions de conception. Concurremment, le quasi-doublement des effectifs a appauvri économiquement la profession dans son ensemble.

Aujourd’hui, en dépit d’initiatives variées pour conquérir de nouveaux marchés, la situation des architectes français demeure dans l’ensemble très précaire. La réussite très médiatisée d’une poignée de grandes agences dirigées par des architectes-super stars remportant bon nombre de grands concours internationaux ne doit pas occulter les difficultés rencontrées par la grande majorité de la profession. Et plus particulièrement les jeunes diplômés qui sont parfois tentés de se détourner d’une profession qui ne parait pas pouvoir leur assurer d’avenir.

La loi sur l’architecture de 1977 a toutefois eu le grand mérite d’ouvrir la voie à une démocratisation des compétences et des services des architectes. Il faut lui reconnaître ce mérite et saisir l’opportunité de cet anniversaire pour intensifier les réflexions sur le devenir de la profession.

Des lois plus récentes - notamment la loi LCAP (*) qui oblige les particuliers à recourir à un architecte pour des constructions dont la surface de plancher est supérieure à 150 m² - redonnent un peu d’air aux architectes et permettent à des petites agences d’apporter localement de la réelle valeur ajoutée.

De nouveaux outils comme le BIM (Building information modeling) confère de nouveau du pouvoir à ces professionnels pluridisciplinaires et améliorent la coordination et la rentabilité des projets.

Enfin des pratiques plus grégaires - comme par exemple les collectifs d’architectes - permettent de « réduire la solitude » des jeunes diplômés tout en inventant de nouvelles relations avec les clients.

Nous restons donc attentifs à tout cela.

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

 

*) La Loi LCAP du 7 juillet 2016 a abaissé le seuil de recours à l’architecte en prévoyant que ce seuil ne peut être supérieur à 150m² de surface de plancher. Elle a été confirmée par décret en Octobre 2016 et est ainsi rentrée en application effective.

  Chronique de Roger Baltus