« Frugal » sera-t-il le mot à la mode dans les prochains mois ?

 

 

J’ai assisté lundi 19 septembre 2016 à la maison de l’Architecture du 10ème arrondissement, à une conférence dans le cadre du OFF du Développement Durable. Le « OFF du DD » a été lancé en 2012 par l’ICEB (Institut pour la Conception Eco responsable du Bâti) et le CO2D (Collectif Démarche Durable) avec pour objectif de donner de la lisibilité aux projets pionniers, souvent hors normes (d’où le terme OFF – voir l’équivalent au théâtre lors du festival d’Avignon ndlr), qui préfigurent les modes de faire, les solutions architecturales et techniques de demain.

Un projet frugal, qu’est-ce que c’est ?

Au programme de cette soirée : « la ville frugale », un concept à première vue déjà bien implanté chez les spécialistes de la construction durable.

A l’entrée, on nous a demandé ce que nous évoquait le mot « frugal ». Les réponses couvraient un large spectre de notions : de la plus hostile (« encore de nouvelles contraintes ! ») à la plus optimiste (« ça nous fera du bien de maigrir un peu ») en passant par des amalgames (« le frugal, c’est le low tech»).

Trois axes de réflexion ont été évoqués pour définir le cadre d’un projet frugal :

  • L’insertion au sens large du projet dans son environnement (le tissu urbain ou plus généralement dans le paysage). On parle ici de son empreinte physique et énergétique,
  • L’anticipation obligatoire dès la conception des changements probables du climat, de la société, des comportements à échéance de 20 à 30 ans et,
  • La « désirabilité » nécessaire des propositions pour compenser la réduction des moyens et l’effort parfois demandé aux utilisateurs qui auront participés à sa conception et à sa réalisation.

Les projets sélectionnés lors des précédentes éditions du OFF du Développement Durable (*) ont permis de dessiner une typologie de « l’établissement humain frugal » à toutes les échelles, de celle du bâtiment à celle du territoire :

  • privilégiant l’approche bioclimatique et passive pour l’énergie et le confort
  • privilégiant les matériaux et systèmes constructifs bio-sourcés, à faible énergie grise ou bas carbone (très bien pour le zinc !)
  • ayant recours avec modération et de façon écoresponsable à la technologie pour les systèmes techniques et les réseaux
  • insérés dans leur territoire pour ce qui est des ressources, des impacts, de la vie culturelle, sociale et économique
  • co-élaborés avec la participation des habitants, la prise en compte de l’usage et la responsabilité des usagers.

L’expérience riche d’enseignement de Laure Planchais, paysagiste DPLG

« Les paysagistes sont les pionniers du frugal » nous a expliqué Laure Planchais, paysagiste DPLG qui a partagé sa solide expérience de cette approche visant à toujours tirer le meilleur parti du site. Elle a illustré au travers de divers exemples ses préoccupations et sa philosophie pour concevoir ses jardins : donner des vues panoramiques et soigner le contact avec l’eau (ruisseaux, rivières, étangs, plans d’eau).

Que retenir de son intervention ? En fait, plein de remarques de bon sens égrenées au long de la présentation de ses réalisations : l’utilité des gabions dans un projet frugal, économiques lorsqu’ils sont porteurs et beaucoup moins lorsqu’ils sont utilisés comme parement, l’importance de l’équilibre déblais-remblais qui évite les transports inutiles de terre, le pré-verdissement des friches en attente des budgets et des aménagements définitifs qui permet à la végétation autochtone de se réimplanter, son amour pour les « gros cailloux » auxquels elle donne une fonction sur place plutôt que de les déplacer, de ses petits plaisirs liés à l’implantation d’arbres fruitiers sur des aires d’autoroute où en saison les touristes pourront trouver de quoi s’alimenter gratuitement

Elle a parlé des fameux pieux en chêne de bouchot reconvertit, après une vie en mer à supporter les colonies de moules, en une forêt artificielle en attendant que les vrais arbres poussent et de son choix, un peu intégriste, de proscrire tout arrosage donc de faire appel à des essences frugales et d’aménager les espaces et les reliefs pour qu’ils retiennent l’eau.

Laure Planchais n’a pas mâché ses mots lorsqu’on lui a demandé de commenter ce que l’on appelle « l’agriculture urbaine». D’emblée, elle qualifie cette démarche de «jardinage urbain» en dénonçant les contradictions françaises (incitation à la création de ces cultures urbaines sous perfusion alors qu’on crée des friches agricoles aux portes des villes).

Elle a enfin évoqué les limites de la frugalité qui gagne aussi ….les honoraires de sa profession (petits prix – concurrence déloyale et manque de compétence).

La ville frugale : plus une philosophie d’action qu’un concept de construction

A l’issue de cette conférence, un premier constat : il n’a pas été réellement question de construction frugale ni de ville frugale mais d’une sorte de philosophie de la frugalité qui dépasse largement le cadre des économies et de l’approche « lean » qui en est le pendant autoritaire.

Le concept de frugalité adapté au bâtiment a tout pour plaire. Il n’est plus systématiquement associé à celui de la restriction. Il s’en dégage des notions d’inventivité et de débrouillardise, des envies d’actions concrètes aux niveaux individuel et local, du mieux-faire et du mieux-être. Non seulement il va dans le sens de l’histoire mais il est testé et vécu par beaucoup des gens dans leur vie quotidienne, ceux de plus en plus nombreux qui pensent que le bon sens doit revenir dans nos modes de consommation.

Dans cinquante ans, le monde sera frugal ou ne sera plus!

(*) Appel à projets :
Cette conférence marquait aussi le lancement de l’appel à projets (14/09/16 jusqu’au 14/11/16) pour le 4ème millésime du concours du OFF du DD.  

Les projets retenus (sélection qui se fera entre le 15/11/16 et le 31/12/16 par un double processus de sélection participative régionale et nationale) seront présentés simultanément sur tous les sites en interactivité : Paris, Lyon, Marseille, St Denis de la Réunion, Montpellier et Nantes

Pour plus d’information sur du concours et sur les associations parties prenantes : http://www.leoffdd.fr/

  Chronique de Roger Baltus