Le retour de l’ornementation dans l’architecture : pour quoi faire ? Pour quoi dire ?

 

La méfiance vis à vis de l’ornement s’est manifestée au tournant du XXe siècle. C’est l’architecte autrichien Adolf Loos qui le premier, par ses articles dont le célèbre « Ornement et Crime » paru en 1908, a introduit cette forme de radicalité à contre-courant des styles Eclectique et Art Nouveau. Loos a clairement influencé le Bauhaus et est ainsi considéré comme un des grands précurseurs de l'architecture moderne. Le Corbusier a publié les textes de Loos dans sa revue l’Esprit Nouveau et a appliqué à la lettre dans toutes ses réalisations (dont la plupart en France viennent d’être classées) les fameux principes de sobriété et de dépouillement.

L’ornement contemporain devient une propriété générale de l’enveloppe

Au cours des trois dernières décennies, l’ornement a pourtant effectué un retour spectaculaire sur le devant de la scène architecturale. Souvent lié à l’emploi de l’ordinateur pour concevoir les projets, l’ornement architectural contemporain diffère sur plusieurs points de l’ornement traditionnel. Au lieu d’apparaître comme un élément rajouté en certains points bien définis de la composition, il se présente tout d’abord comme une propriété générale de l’enveloppe de l’édifice. Sa portée symbolique se révèle de ce fait difficile à cerner, alors que le caractère symbolique constituait autrefois l’un des fondements, et souvent même la justification du décor architectural

Renaissance ou une mutation inévitable ?

Ces différences incitent à s’interroger sur ce qui est revenu exactement : se trouve-t-on en présence d'une renaissance de l’ornementation ou d'une mutation inévitable ? Qu’il s’agisse de l’architecte ou de l’artisan qui le dessinait, du sculpteur qui le réalisait ou du client auquel il s’adressait, l’ornement renvoyait à l’existence de différents sujets impliqués dans la production, la réception et l’usage de l’architecture.

Utilisé à des fins de communication sociale et institutionnelle, il possédait implicitement une portée politique qui s’est progressivement estompée, notamment du fait de la disparition progressive de la dimension statutaire des bâtiments au profit d’une logique plus fonctionnelle. Une banque n’a en effet plus besoin de ressembler à un coffre-fort mais ses façades doivent permettre à ses employés de travailler dans la lumière et le confort dignes des immeubles modernes de bureau

L’ornement utile

Formé par des architectes de la période moderne, j’ai toujours été sensible à la justification du décor.

Avec le zinc, j’ai été interpellé par le traitement de l’écoulement de l’eau sur les toitures et les façades. Le dénominateur commun de nos produits tient essentiellement dans le fait qu’ils empêchent l’eau de pluie de rentrer dans le bâtiment ou qu’ils l’éloignent des façades.

Ce que l’on appelle de manière générale, la zinguerie, couvre ainsi le traitement de toutes les singularités du toit et de la façade. Bandeaux d’étages, rives moulurées des lucarnes, membrons pour séparer les terrassons des brisis, entablements et seuils de fenêtres, bandes d’astragale et pièces d’égout ont en commun de « casser » par un pli, une pince ou un ourlet, l’écoulement gravitaire de la fameuse goutte d’eau qui tombe plutôt que de s’infiltrer.

Ces détails techniques sont très codifiés dans leurs dimensions (recouvrements, fixations, bagues,….) et deviennent ainsi des alibis à la décoration ou simplement des ornements utiles .

A ce titre, il reste encore à écrire ce que j’appellerai « un traité de la goutte d’eau », pour enseigner aux architectes comment « dessiner » les détails de zinguerie pour éviter les inélégantes salissures. 

De nos jours, la logique fonctionnelle oblige les architectes à réussir la synthèse entre leur volonté d’atteindre des niveaux de performance garantis et celle d’intégrer esthétiquement le bâtiment dans son environnement. L’exemple des façades vitrées et de leur évolution extraordinaire en une trentaine d’années, montre que cette synthèse est en passe d’être atteinte. Les façades en verre-miroir collé des années 80 avec leurs salissures inévitables et leurs pathologies prévisibles ont heureusement vécu ! Les façades modernes sont en revanche beaucoup plus intéressantes du point de vue de l’ornementation. L’obligation de contrôler les apports de chaleur et de lumière entraîne le recours à des stratagèmes sophistiqués souvent repris de la nature. Les brise-soleils qu’ils soient positionnés à l’horizontale entre deux étages (cas le plus fréquent) ou verticalement comme des volets ouverts ou encore les panneaux de double-peau perforés ou ajourés fixés en avant des surfaces vitrées, sont devenus autant d’alibis à décorer la façade qu’à la laisser respirer. Ces éléments rapportés sont ainsi devenus les nouveaux sujets de l’ornementation moderne internationale.

Signes et signalétique modernes

Si les styles classiques doriques ou corinthiens et leurs détails antiques ont eu une longue vie dans la décoration, l’époque actuelle les a oubliés (sauf parfois pour s’en moquer – voire l’architecture post-moderne) et a développé ses propres signes dont certains sont liés à la notoriété des entreprises mondialisées.

Les marques et les logos sont ainsi propulsés au rang de symboles universels qui se retrouvent sur les façades des points de vente (ex : la pomme stylisée des Apple stores). D’autres signes sont liés aux nouvelles technologies et à la nécessité de communiquer par l’image et la lumière directement sur les bâtiments. Depuis André Citroën, la « pub » s’est installée partout dans les centres villes (Time square, Piccadilly circus, Shibuya,….) , et les néons puis plus récemment les leds ont permis de développer d’abord une signalétique commerciale et, de plus en plus, une nouvelle forme d’ornementation qui modifie souvent la perception du bâtiment entre le jour et la nuit.

L’ornementation métallique moderne se cherche encore !

VMZINC est historiquement liée à l’ornementation métallique dès le XIXe siècle. La compétence acquise est au service presqu’exclusivement de la rénovation d’ornements anciens refaits à l’identique. Et lorsque nous produisons des lucarnes ou des membrons pour de nouveaux bâtiments, notamment dans des marchés émergents, nous constatons qu’il s’agit de reprendre dans une logique de pastiche, le vocabulaire des toitures à la Mansard ou des châteaux de la Loire ! voir même de l’architecture Victorienne

Pourquoi sommes-nous dans la nostalgie ? Comment redonner aux architectes l’envie de réinterpréter l’ornementation métallique ? Comment relire et moderniser les finitions utiles des toitures et des façades ?

Les architectes disposent pourtant, auprès des industriels comme VMZINC, de nouveaux outils de conception et de production (logiciels de chaudronnerie 3D, scanner de prise de mesures sur ornements anciens / machines de découpe laser, notamment pour des perforations à la demande permettant de reproduire des images photographiques/ panneauteuses pour produire des cassettes de tous formats et profondeurs / nombreux traitements de surface personnalisés, …). C’est l’ornementation métallique 4.0 ! Vous trouverez ci-joint des images de réalisations récentes qui permettent d’espérer ce renouveau (photos G façades perforées)

N‘hésitez pas à me répondre pour débattre de ce sujet au cœur du métier de l’architecte.

  Chronique de Roger Baltus