Stades (de foot) : bien plus que du sport !

 

 

Au moment où les stades de France se remplissent des clameurs et des excès des supporters, il m’a semblé utile de revenir sur l’importance et la symbolique de ces lieux populaires dont on parle comme des derniers endroits de communion collective !

Exutoires de violence refoulée

Contenants sophistiqués de l’opium des peuples, les stades sont devenus des lieux majeurs de nos vies. Force est de constater que leurs noms suscitent des métaphores guerrières. On parle d’arènes (à Nice, France) ou de chaudrons (à St Etienne, France). Adrénaline et testostérones font sortir les supporters d’eux-mêmes, chacun exprimant en groupe ce qui lui serait parfois inconcevable seul ! Je laisse le soin aux sociologues de disserter sur ces lieux d’affrontements symboliques par équipes interposées qui remplaceraient, dans nos sociétés modernes, les guerres que nous cherchons à éviter.

Stade objet ou structure urbaine pluri-usages?

En matière d’urbanisme, les stades se sont imposés comme des équipements majeurs dont se servent les élus pour asseoir leur image. A défaut de pouvoir proposer du pain, il leur est en effet toujours agréable de répondre de cette manière à l’éternelle demande populaire pour des jeux!

Depuis les années 70 (voir le stade en structure tendue des jeux olympiques de Munich par l’architecte Frei Otto récemment décédé au moment où il recevait le Prikzer Price), les stades sont aussi devenus des objets de haute technologie à usages multiples, des machines à business gérées par des structures humaines complexes.

Ils sont de moins en moins des carcasses vides et inutiles entre les évènements. Ils appartiennent à la ville et la ville vit à travers eux au sens propre comme au figuré.

Que penser du Stade de France à St Denis, proche banlieue de Paris, qui focalise les regards en cet Euro 2016 ? A l’époque du concours d’architecture en 1994 , deux options s’étaient affrontées. Celle d’un stade de prestige, dédié seulement à la fonction évènementielle. Ce principe de stade statutaire, le plus grand de France (80 000 places), dont l’image devait valoriser la ville et le pays, était envisagé comme objet posé en proche banlieue. Diamétralement opposée, la seconde option - celle d’un stade à l’anglaise, compact , intégré, dans la continuité du tissu urbain - multipliaient les fonctions connexes, commerciales et associatives dans le but non seulement d’optimiser les coûts mais d’éviter l’effet d’îlot et de rupture liés à la taille du bâtiment. Au grand dam de l’architecte français Jean Nouvel, la première option triompha eu égard à la dimension très politique de la décision.

Proposition de stade multi- fonctionnel et à géométrie variable de Jean Nouvel

Encore de nos jours, peu de municipalités françaises adhèrent à la deuxième option, moins porteuse pour un élu. Le stade en tant que bel objet a donc encore de belles années devant lui. Et ce d’autant que les contraintes liées à la sécurité et aux évacuations privilégient les formes aérées et les accès uniformément répartis. Pour l’Euro 2016, seul le stade de Lens revisité a retenu ce parti de la compacité et de l’intégration urbaine.

Le développement durable change la donne architecturale …

Le programme architectural d’un stade est apparemment d’une grande simplicité. Un espace au centre pour ceux qui jouent ou s’affrontent, ceint d’un espace pour ceux qui regardent. Le tout recouvert partiellement ou non d’un toit.

Pourtant, le contenu programmatique d’un stade est aussi complexe que celui d’un théâtre. Et cette dimension n’est pas récente : il suffit de parcourir les soubassements et contreforts du Colisée à Rome pour comprendre que les spectacles se préparent à l’intérieur et que cela nécessite des tas de locaux et de lieux de répétition ou de stockage!

Depuis une vingtaine d’années, la principale évolution de la construction des stades réside dans l’intégration des principes de développement durable dès la conception. Car un stade occupe un foncier important. Ils se doit donc d’être écologiquement et énergétiquement rentable. C’est par exemple un grand « parapluie urbain », dont il semble logique de récolter les eaux pluviales puis de les retraiter pour le bénéfice des riverains (c’est le cas pour 7 des 10 stades dont celui de Marseille, France ci-dessus qui réutilise les eaux de pluie pour l’arrosage du terrain, le lavage des locaux et les sanitaires)

C’est la raison pour laquelle on voit se développer les structures en bois ou mixte bois-acier (stade de Nice, France). Mais aussi, dans une approche durable similaire, de gigantesques installations solaires photovoltaïques (stade de St Etienne), écrin le plus « vert » de cet Euro 2016 !

… et l’usage des matériaux dont le zinc

Le zinc n’est pas immédiatement associé à la réalisation des enveloppes de ces grands objets urbains. Il est pourtant de plus en plus appliqué du fait de l’émergence de certains critères : complexité formelles et continuité entre toiture et façade, limitation de la brillance de la couverture à proximité des aéroports, intégration des dispositifs de captation d’énergie et de collecte des eaux pluviales, recyclabilité et valeur résiduelle des matériaux de construction.

Voici quelques exemples où notre matériau a fait merveille :

A. Stade de Budapest : couverture gironnée à joint debout – Bilaqué vert

B. Stade de Datong (Rep de Chine) : couverture par panneaux nid d’abeille sur structure tendue – PIGMENTO® bleu

C. Stade aux USA > Marge Schott Stadium – University of Cincinnati > Curved QUARTZ-ZINC® Interlocking panels

Les stades gigantesques ne sont plus d’actualité à part dans les pays autoritaires (Corée du Nord – stade du 1er Mai -150 000 spectateurs) où ils servent à célébrer les grandes messes à la gloire du leader national.

On est entré dans la phase de rénovation ou de mise à niveau technologique et écologique des stades déjà existants. Le meilleur et plus récent exemple est celui du stade de Wembley, stade mythique s’il en est, qui a été requalifié avec son toit ouvrant et sa grande arche d’acier. Plus urbains, plus adaptables et plus polyvalents, plus sûr aussi les stades restent à ce jour les lieux de plus forte intensité collective.

Je vous souhaite un heureux Euro !

  Chronique de Roger Baltus