Réinventer Paris : coup de comm’ ?

 

Réinventer Paris : coup de comm’ ?
29/02/2016

« Unique », « engouement historique », « rarement un concours d’architecture français n’aura suscité autant d’engouement ». Dans sa grande majorité, la presse constate le succès remporté par « Réinventer Paris », l’appel à projets urbains innovants lancé fin 2014 par la Maire de la capitale, Anne Hidalgo - sur une idée de Jean-Louis Missika, son adjoint en charge de l’urbanisme. Enjeu de la compétition : préfigurer ce que pourrait être Paris à l’horizon 2020 en transformant 23 sites désaffectés dont l’Etat est propriétaire (friches industrielles, terrains vagues, bureaux vétustes, petites parcelles de bâtiments patrimoniaux et deux franges du périphérique).

En janvier 2015, 815 agences d’architectures françaises et internationales se sont portées candidates ! En matière de communication, le succès est effectivement au rendez-vous. Notre capitale s’affiche dans une démarche proactive, moderne et résolument ancrée vers son avenir. Dont acte.

La mairie de Paris a annoncé le 3 février dernier les 22 lauréats retenus, sur les 75 propositions innovantes ayant passé un grand oral. Leurs points communs : l’omniprésence des bâtiments « hybrides », hyper-connectés et des espaces verts (26 000 m2 dont 4000 m2 en pleine terre).

Je ne partage pas l’enthousiasme ambiant. D’abord parce que «Réinventer Paris» a fait travailler des milliers de personnes dont la plupart n’a pas été rémunérée. Certains architectes lauréats ne toucheront leurs honoraires que lorsque le permis de construire sera purgé de tout recours, autrement dit dans de nombreux mois voire dans des années. Les grandes agences de renommée internationale peuvent se le permettent. Mais quid de toutes les autres ? Une opération aussi emblématique que «Réinventer Paris» aurait pu imposer d'emblée un cahier des charges prévoyant un défraiement comme c’est l’usage dans les concours de cette ampleur. D’autant que l’Etat dit «faire une belle opération” en engrangeant 506 Millions € par la vente ou la location des terrains … une somme qui aurait pu rapporter jusqu’à 1 Milliard € si le jury avait sélectionné les projets qui pouvaient rapporter le plus ! Pourquoi ne pas l’avoir fait ? Faut-il y lire une braderie publique pour soigner l’image de l’Etat et des élus ?

Parlons ensuite du contenu des projets. La mairie de Paris attendait de cette consultation l’opportunité de créer des logements dont la moitié de logements sociaux. A ce jour, seuls 12 projets sur 22 intègrent cette contrainte, ce qui porte à 675 le nombre de logements sociaux parmi les 1 341 habitations nouvelles. Décevant et certainement pas à la hauteur des besoins de la capitale. Car en lieu et place d’un objectif quantifié de logements sociaux, la sélection retenue pour « Réinventer Paris » propose un catalogue de programmes et fonctions «très à la mode» comme une tour dédiée à la gastronomie , une autre à ossature bois destinée à être «la plus haute d’Europe», des potagers qui alimentent des restaurants, des façades équipées de réservoirs à algues,…

Autre point d’interrogation : les 22 opérations (bâtiments, lieux ou espaces publics) sont dispersées. Une véritable démarche de changement à l’échelle d’un quartier, ou même d’un arrondissement, n’aurait-elle pas été plus profitable que ce saupoudrage aléatoire ?

Pour ce qui est du verdissement, je reste aussi dubitatif. Les visuels des projets présentent une verdure débordante des fenêtres, des patios, des terrasses, voire qui dégouline sur les façades. Le bois est omniprésent et semble servir de sésame à la décision dans une logique «c’est du bois, donc c’est bien !». Le «green looking» n’est pas forcément du “green thinking”! Il reste à faire la preuve que les projets lauréats sauront répondre aux grilles de performance environnementale globale (type HQE)

Néanmoins, je veux saluer la belle motivation des jeunes architectes internationaux dans leur désir de changer les choses et de remettre Paris dans la course des villes-monde remarquables. Un contre-point à la démarche quelque peu conservatrice d’inscription des toits au patrimoine de l’Unesco (voir mon Post du 01/06/15 «Toits de Paris au patrimoine mondial de l’Unesco : protéger et mettre en valeur»).

Nous espérons sincèrement que l’énergie libérée par cette roborative consultation fera avancer les choses !

Pour vous forger votre opinion, allez voir les projets qui sont visibles au pavillon de l’Arsenal (21, boulevard de Morland, 6e arrondissement), jusqu’au 8 mai. Cela en vaut la peine.

Entrée libre et gratuite.

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

  Chronique de Roger Baltus