Le zinc, matière inattendue de la transparence

   

Le zinc, matière inattendue de la transparence
15/02/2016

Utiliser du métal plutôt que du verre pour apporter de la transparence à l’enveloppe d’un bâtiment : ne serait-ce pas antinomique ? Les architectes se tournent pourtant de plus en plus, avec le métal, matière dense et opaque, vers des formes de transparences plus sophistiquées, jouant sur les résilles, les textures ou les peaux rapportées.

Le zinc – qu’il soit perforé, scarifié, plié - réussit parfaitement bien cette transmutation de la matière métallique, repoussant les limites de sa versatilité. Mantille, voile, résille, dentelle… tel un vêtement, il cache et révèle de multiples réalités. Derrière le voile, on trouvera peut-être un volume identique à la résille qui le recouvre. A moins que la résille ne dessine une enveloppe virtuelle complexe, recouvrant de son halo un bâtiment de forme très simple.

L’envie de transparence demeure très contemporaine. Elle interroge les limites entre extérieur et intérieur, révèle ou dissimule. Sa mise en œuvre s’est complexifiée. Idéalement, un édifice aux parois transparentes expose son fonctionnement, ses usagers, et les activités qui s’y déroulent. Cette forme de franchise a conduit à voir dans la transparence l’expression construite de la démocratie. De nos jours, les enjeux ont évolué. Le symbolisme militant des premiers temps s’est atténué. Et demain ? La forme ultime de transparence sera peut-être de permettre la perception à travers des matériaux opaques. Par exemple avec des bétons ou des matières composites translucides ou rendus partiellement transparents ou par des moyens optiques en projetant sur la façade, à la discrétion de l’occupant, l’image de ce qui se passe à l’intérieur !

Revenons à la transparence du zinc et parlons un peu technique. La perforation du zinc introduit la transparence avec des taux de perforation variables. Le choix du taux de perforation est lié à l’objectif esthétique, que l’on appellera « de jour ». Autrement dit, la paroi vue de jour sera perçue plus opaque et les perforations formeront un motif visible. Un autre objectif esthétique dit « de nuit » permet à la paroi perforée vue la nuit, du fait de l’éclairage intérieur, de « disparaître » pour laisser voir le cœur du bâtiment.

La transparence du zinc est possible dès un faible taux de perforation (30%). Il n’est donc pas nécessaire d’enlever beaucoup de matière pour l’obtenir. En modulant la taille et la répartition du poinçonnement, l’architecte varie le degré de translucidité de la peau pour lui faire jouer différents rôles, comme celui, parfois très sophistiqué, de pare-soleil.

Pour réduire la présence visuelle inévitable de l’ossature en arrière de la peau, on renforce la rigidité des panneaux de zinc par des pliages personnalisés. Cette inertie renforcée assure des portées plus importantes (habituellement une hauteur d’étage). Par ailleurs, ces pliages associés aux perforations enrichissent la texture de la façade par de multiples effets d’ombre qui la font vibrer.

Le zinc est un matériau idéal pour les panneaux métalliques perforés puisque les tranches des perforations se patineront naturellement dans le temps. Le zinc en effet s’auto-protège en développant une patine gris-foncé qui lui donne une exceptionnelle durée de vie (quarante ans dans un milieu urbain agressif et jusqu’à cent ans dans un milieu rural protégé).

Il y a un monde entre la mise en œuvre d’une feuille de zinc sur une toiture traditionnelle et celle de la même feuille perforée sur une façade contemporaine. D’un côté, le moindre trou crée un défaut d’étanchéité et la honte de l’installateur, de l’autre les trous multipliés laissent passer l’eau, l’air et la lumière et font le bonheur de l’architecte ! C’est ce genre de raccourci que nous aimons parce qu’il exprime l’évolution du matériau et de ses usages.

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

  Chronique de Roger Baltus