Expo Milano 2015 : dernier Luna Park à la mode ?

 

Expo Milano 2015 : dernier Luna Park à la mode ?
05/11/2015

L’Exposition Universelle à Milan touche à sa fin. La capitale lombarde a mérité ce coup de projecteur mondial. L’investissement conséquent (plus de 3,2 milliards d'euros) est à la hauteur du défi qu’il a fallu relever localement pour accueillir les 145 pays et les 20 millions de visiteurs attendus.

D’un point de vue architectural, il semble que le thème pourtant en phase avec l’époque - « Nourrir la planète-Energie pour la vie » - n’ait pas suscité de réalisations remarquables, même si certaines méritent qu’on les mentionne. N’ayant pas eu l’opportunité d’arpenter moi-même les 110 hectares de l’Exposition (une superficie néanmoins cinq fois inférieure à celle de Shanghai en 2010), je laisse la parole à Giulio Paoli, le directeur général de VMZINC Italie pour vous livrer ses impressions somme toute assez mitigées :

« L’Exposition Universelle est la nouvelle Movida de Milan ! Voilà en substance ce qui frappe lorsque l’on visite le site. Le billet à tarif réduit proposé le soir à partir de 19h suscite un véritable engouement populaire. Des milliers de personnes se pressent pour diner et danser jusque tard dans la nuit. Certes, l’occasion est donnée de découvrir la cuisine d’ici et d’ailleurs mais j’avoue que « l’esprit » des expositions universelles est quelque peu dévoyé. L’ambiance tient davantage d’un Luna Park que d’une vitrine technologique planétaire mettant en scène le monde de demain ! Une impression renforcée par les pavillons des pays dont on peine parfois à identifier la déclinaison du thème général.

Quelques bâtiments audacieux se distinguent toutefois du lot. Je citerai d’abord celui du Mexique, dont la structure extérieure s'inspire de la forme d'une panicule de maïs, l'aliment de base du pays et celui de nombreux autres en Amérique Latine. Le Pavillon des Emirats Arabes, exceptionnel, a été dessiné par le cabinet d’architectes Foster + Partners. D’une hauteur de 12 mètres, les jeux d’ombres et de lumière des murs sur la structure évoquent avec poésie les dunes du grand désert du Rub Al Khali. Réussite aussi pour le Pavillon de l'Italie, aux allures de nid, conçu par les cabinets d’architecture Nemesi & Partners et Proger BMS Progetti. Ecolo (80% du mortier utilisé comprend des agrégats recyclés, énergies propres), sa façade de 9000 mètres carrés se compose de 900 panneaux en béton biodynamiques. A l’instar des arbres d’une forêt, le bâtiment est ainsi capable de capturer la pollution présente dans l’atmosphère. Il sera conservé sur le site à la fin de l’exposition. A noter aussi les Pavillons du Soudan et du Maroc, alliance réussie de tradition et de modernité, et celui du Qatar qui réinterprète le Souk à l’aune d’un concept ambitieux : « les graines du développement durable, des solutions innovantes pour une alimentation soutenable».

Sur cet immense decumanus des anciens camps romains de Milan, manquent à l’appel des contrées notables comme la Scandinavie et l’Inde (seulement présente dans le Cluster du Riz !). Au gré de ma visite, j’ai constaté aussi que bon nombre de pays ont par ailleurs opté pour une déclinaison essentiellement commerciale de leur technologie et savoir-faire pour nourrir aujourd’hui et demain notre planète. Certes, divers pavillons européens (dont ceux de la France ou de l’Allemagne par exemple) expriment la biodiversité et un « champs des idées » en faveur d’une agriculture durable.
Mais la présence concomitante et massive des multinationales de l’industrie agro-alimentaire mondiale instille le sentiment tenace que deux visions antagonistes se développent et cela sans qu’aucun débat ne soit suscité et ne se déploie au sein même de L’Exposition Universelle ou sur les réseaux sociaux.

Partie remise ?

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

  Chronique de Roger Baltus