Couvreurs de pères en filles

Cindy Crépin
34 ans
Couvreur dans l’entreprise Crépin à Retournac (43)


Peggy Guillon
38 ans
Gérante de l’entreprise Zaegel à Illzach (68)

 

Couvreurs de pères en filles
23/07/2015

Grimper sur les toits par tous les temps pour poser du zinc : Peggy Guillon et Cindy Crépin adorent cela ! Ces deux femmes exercent le métier de couvreur depuis plus de dix ans avec une passion non démentie. En 2015, elles demeurent néanmoins des exceptions dans un secteur peu valorisé en France et où - il faut le reconnaître- il n’est guère aisé de s’intégrer quand on est une jeune femme.

Peggy Guillon et Cindy Crépin ont tenté l’aventure. Dans leurs parcours respectifs, un point commun qui a sans doute d’emblée fait la différence : elles ont découvert, aimé et appris le métier avec leurs pères couvreurs.

Peggy Guillon : «Mon papa dirigeait son entreprise à Illzach. En le regardant travailler, j’ai aimé la richesse de ce métier. Chaque chantier est différent. D’autant que le zinc est un matériau qui autorise de multiples applications. Après mon Compagnonnage à Strasbourg, j’ai démarré comme apprenti, puis chef d’équipe et j’ai gravi les échelons pour devenir conducteur de travaux. Travailler avec mon père a contribué à me faire accepter sur les chantiers, c’est certain. Mais j’ai appris « à la dure », comme un homme. J’ai dû faire mes preuves. Aujourd’hui, je suis parfaitement intégrée. Et je reconnais que ma présence permet souvent d’arrondir les angles, de souvent régler les conflits entre certains corps de métier. Ma manière d’aborder le zinc avec mes clients est également différente de celle de certains de mes confrères. Que ce soit dans le choix des couleurs, des finitions, ma proposition est toujours très personnalisée. Cela fait souvent la différence pour remporter une affaire ! Aujourd’hui, je suis moins sur les toits car j’ai repris l’entreprise de mon père avec mon mari. Je prends en charge chaque projet de son chiffrage à sa livraison. Mon métier est plus transversal mais cela reste tout aussi passionnant».

Cindy Crépin : « J’avais une vingtaine d’années et j’étais sans emploi. Un jour, je suis venue donner un coup de main sur un chantier de mon père pour poser du zinc à joints debouts en toiture dans un petit village à coté de Saint Etienne. J’ai tout de suite adoré ! Je me suis alors formée sur le tas, en observant les bons gestes des artisans. Comme j’étais plutôt douée pour les soudures, on a développé notre offre de pose de solutions zinc. J’exerce ce métier véritablement avec passion. Les différents pliages et finitions possibles me rendent très créative. A la fin d’une journée, je suis toujours fière de mon travail. Je ne rencontre pas de difficultés physiques particulières parce que les outils sont petits et faciles à manier. Je demande juste un coup de main pour déplacer le bobineau ! A mes débuts, j’ai dû démontrer que j’étais aussi efficace et sérieuse qu’un homme. Au fil du temps, les regards se sont faits plus bienveillants. Je suis actuellement enceinte et j’ai l’interdiction formelle de monter sur une échelle, mais le chantier me manque tellement que je passe régulièrement voir mon père et son équipe ! »

Ces deux témoignages démontrent que le métier de couvreur peut aussi être une opportunité de s’épanouir professionnellement au féminin. Ni Cindy ni Peggy ne côtoient pourtant ou même ne connaissent pas d’autres femmes couvreurs dans leur région. Chaque année, le secteur reste cependant toujours en déficit de presqu’un millier d’installateurs. Il y a donc un vrai espace de développement pour elles.

Depuis de nombreuses années, je constate que l’Allemagne et les pays de culture germanique (la Suisse, l’Autriche par exemple) valorisent un peu plus les compétences techniques des femmes en couverture. On les croise très souvent dans les salons professionnels. J’ai noté qu’elles se focalisaient toujours sur les matières nobles, l’ardoise pour les petits éléments et le zinc ou le cuivre pour les grands éléments et les finitions, qu’on appelle aussi « les coutures » du toit. Parce qu’elles ont appris à réaliser le plus difficile, elles savent ensuite tout faire !

Nous en avons reçu quelques-unes dans nos centres de formation mais force est de constater qu’en France et plus généralement dans l’Europe du Sud, ces femmes- couvreurs restent des exceptions. Jusqu’à quand ?

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

 

  Chronique de Roger Baltus