Du zinc au cap Horn !









 

Du zinc au cap Horn
10/07/2015

Depuis le début du XIXe siècle, le zinc est mis en œuvre sur tous les continents, parfois dans les conditions les plus invraisemblables. Régulièrement, je vous relaterai dans cette chronique des projets de « zinc extrême » ayant donné lieu à des réalisations hors normes.

Pour inaugurer cette thématique : la réhabilitation d’un phare érigé par les Argentins en 1884 sur l'Île des États, à l’est du Cap Horn, qui inspira à Jules Verne son dernier roman, « Le phare du bout du monde »*.

Aux commandes de cette incroyable épopée, un certain André Bronner, dit Yul, marin rochelais de son état. Le quadragénaire est un pionnier des courses autour du monde sur le célèbre catamaran Charente-Maritime et l’équipier de Philippe Poupon sur Fleury-Michon depuis 1989. Au cours de l’hiver 1993, il débarque avec une bande de copains sur l'Ile des Etats, un gros caillou de 65 km de long, au large de la Terre de Feu, chahuté en toutes saisons par des vents glacés d’une extrême violence et une pluie quasi quotidienne. Conquis par ce territoire aussi exceptionnel qu’inhospitalier, Yul décide l’année suivante de le sillonner seul pendant trois mois. Au péril de sa vie, le naufragé volontaire tombe sur ce qu’il est venu chercher, les vestiges du phare mythique laissé à l'abandon par les argentins depuis 1902. En l’espèce, un amas de planches mal équarries posé à soixante-dix mètres au sommet d'une falaise.

De retour à La Rochelle, le navigateur fonde l’association du Phare du Bout du Monde. Il convainc une poignée de marins et des copains scientifiques, charpentiers, artistes, zingueurs (dont Jean Sécheresse, un de nos techniciens VMZINC), de l’aider à réaliser un rêve fou : reconstruire la modeste cabane surmontée d’un bulbe, à l’origine en tôle. C’est du moins ce que l’on perçoit sur l’unique photo, retravaillée à la gravure, prise par une expédition belge en 1898. Les plans et la plupart des archives sont introuvables en Argentine. Qu’à cela ne tienne, la fine équipe en déduit que la bâtisse est probablement composée de onze pans. Elle construit une réplique à l’échelle 1/2, présentée au Salon Nautique de Paris en 1996.

Le projet insensé fait des émules. Le maire d'Ushuaia dont relève l’Île des Etats déclare le projet «d'utilité municipale» (sur proposition de Jacques Chirac qui avait offert un original du livre de Jules Verne au président Carlos Menem) et autorise sa reconstruction.

Parmi les sponsors fédérés à la cause du Phare du Bout du Monde, VMZINC, qui accepte d’aller tester ses produits dans cette contrée extrême. Dès1997, nos techniciens sont donc à pied d’œuvre dans leurs ateliers. Ils testent différentes solutions techniques. Un système octogonal à facettes par bandes agrafées, assorti d’un imposant ornement en faitage avec bulbe et croix, est finalement retenu. Et c’est Jean Sécheresse qui aura la charge de couvrir le phare !

En janvier 1998, une expédition composée d’une dizaine de passionnés et de 17 tonnes de matériel accoste sur l’Isla de los Estados. Un chantier dantesque de deux mois démarre alors. Il faut hisser les matériaux à dos d’homme à 70 m au dessus du niveau de la mer, en arpentant un terrain accidenté, meuble, balayé par d’imprévisibles rafles. Les feuilles de zinc, dont certaines mesurent 5 m de long, menacent sans cesse de s’envoler ou de se plier. Un mois plus tard, la toiture en QUARTZ-ZINC est enfin posée sur la superbe charpente en bois. Le bulbe est arrimé au faitage. Le phare, hors d’eau pour longtemps, s’allume et est officiellement inauguré le 28 février par les autorités argentines.

Si vous manquez de temps ou d’audace pour rallier le Phare du Bout du Monde en Terre de Feu, vous pouvez visiter son exacte réplique construite en mer et sur pilotis en 2000, toujours à l’initiative de Yul, dans le port de plaisance de La Rochelle, face à la pointe des Minimes, à près de 13000 kms de l’original.

Sachez-le, il y a là-bas, près du Cap Horn, depuis bientôt dix huit ans, un petit toit de VMZINC qui vaillamment résiste aux éléments déchainés, aux intempéries et à la corrosion du sel marin. Il permet à ce phare extrême, à cette lueur utile, de continuer à guider les nombreux marins qui passent au large de ces contrées hostiles.

Derrière cette prouesse, il y a une histoire d’hommes faite d’efforts et de passion, de celles que nous aimons par-dessus tout.

Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

*retrouvé en 1805 à la mort de l’écrivain par son fils

 

  Chronique de Roger Baltus