Mme Françoise-Hélène Jourda : Une bienveillante compétence

 

Mme Françoise-Hélène Jourda : Une bienveillante compétence
24/06/2015

Nous avons appris avec une grande tristesse le décès de l’architecte Mme Francoise Hélène Jourda. Elle nous avait fait le grand honneur de présider le jury de notre concours européen pour étudiants en Architecture, le Campus Archizinc, et cela depuis sa première édition en 2010. Récemment, elle nous confirmait sa participation pour la sélection des lauréats 2015 début Septembre.

Cécile Roland, Responsable sénior Applications Environnementales, témoigne :

Cécile, dans quelle circonstances a eu lieu votre première rencontre avec Mme Jourda ?

En 2010, au moment où nous avons constitué le jury de la 1ère édition de du concours, nous avons été mis en contact avec Mme Jourda par l’intermédiaire du directeur de la maison d’édition Archibooks. Après le « Petit manuel de la conception durable », elle était en train de préparer l’ouvrage « Les 101 mots de la construction durable ». Nous lui avons donc présenté le projet, espérant que la philosophie du concours serait compatible avec la sienne. Nous espérions qu’elle accepterait, elle, la représentante et militante de la construction durable….Ce qu’elle fit !

Avec du recul, après avoir travaillé à ses côtés, je constate que le choix était d’autant plus pertinent, qu’au-delà de son caractère militant, sa rigueur, son honnêteté, sa façon d’approcher les choses étaient en parfaite cohérence avec l’identité que nous voulions donner au concours Campus.

Dans les années 80, en France, elle était très militante et pionnière dans son architecture. L’accueil qui lui était réservé était il toujours à la hauteur ?

Elle était précurseur dans la construction durable, elle osait ce que personne n’avait osé jusque là, renonçant parfois à une certaine écriture architecturale. A la lecture des éditos de ses ouvrages ou de nos supports Campus, on se rend compte à quel point le fait qu’elle était trop en avance a pu limiter la reconnaissance à son regard dans les premières années de sa carrière.

Elle a quand même réalisé de nombreux projets !

Elle a toujours travaillé avec conviction, rigueur et sincérité, n’a jamais renoncé à son engagement pour une architecture citoyenne. Un grand nombre d’architectes cherchent à marquer leur temps avec une architecture « impressionnante ». Elle recherchait avant tout une architecture respectueuse de l’environnement et des usagers même si cela pouvait se faire au prix de l’écriture architecturale. Elle parlait même d’une architecture biodégradable ! Sa réponse architecturale se couplait d’une humilité assez unique. Cela m’a aussi beaucoup marqué !

Que pouvez-vous dire de son rôle dans le jury de Campus ?

Son rôle était indispensable, grâce à son expérience, la sincérité de son engagement, sa conviction. Sa légitimité et sa très grande bienveillance pour les étudiants et leur travail forçait le respect et prêtait à l’écoute.

Quel était son point de vue sur le zinc ?

Il était assez pragmatique et réaliste. Il me semble qu’elle évitait les aprioris, qu’elle résonnait avec une approche globale, n’excluant aucun matériau et privilégiant la mixité. Je crois que le zinc s’inscrivait logiquement dans cette approche et qu’elle lui reconnaissait un grand nombre d’atouts ; toutes les façades d’un de ses derniers grands bâtiments phare, le « Media Com 3» à énergie positive basé à Saint-Denis, » sont d’ailleurs en zinc.

Elle a également beaucoup travaillé avec le bois, matériau naturel, durable, à faible énergie grise. Je rajouterais qu’il y a par ailleurs une grande synergie entre le bois et le zinc laminé.

Parmi les 101 mots du développement durable, quels sont ceux qui ont plus particulièrement retenu votre attention ?

Au-delà de nombreux termes techniques, je trouve que certains mots reflètent ce qu’elle était :

Autre : l’autre partie du monde, qui a des attentes majeures en terme de développement durable, avec une notion de générosité, de conscience de l’autre.

Femme (surprenant dans un recueil dédié au développement durable !) : elles sont particulièrement présentes dans les métiers du développement durable et peuvent y avoir des postes à responsabilité.

Pédagogie : parce qu’il en faut beaucoup pour faire changer les mentalités au service du développement durable ! Et aussi parce qu’il n’y a pas d’enseignement sans pédagogie et qu’elle trouvait regrettable de faire de l’architecture sans l’enseigner : « Je n’aurais jamais envisagé d’être architecte sans être enseignante ».

Sieste : la réduction des besoins énergétiques peut être simple parfois « Dans les pays chauds, tout le monde fait la sieste, on évite la climatisation de 13 h à 16 h et c’est toujours ça d’économisé !»

Un hommage spécial lui sera rendu lors de la cérémonie de remise des prix du Campus Archizinc, le 2 Octobre 2015.

 

Propos recueillis par Roger Baltus
Ingénieur - Architecte
Directeur Communication de VMZINC

 

  Chronique de Roger Baltus