Toitures en centre-ville : on végétalise, on fige ou on sature ?

 

Toitures en centre-ville : on végétalise, on fige ou on sature ?
18/06/2015

Passées au prisme des enjeux énergétiques, touristiques et de la pénurie de logements (notamment sociaux), les toitures des grands centres urbains européens sont au cœur d’intenses réflexions. Faut-il céder à la mode de la végétalisation, proposer leur classement (au Patrimoine mondial de l’Unesco comme c’est le cas de Paris) ou densifier en surélevant certains immeubles ?

En France, la suppression de la règle de densité (COS), introduite par l’ordonnance « Duflot » en octobre 2013 et la loi Alur en mars 2014, offre un contexte législatif plus favorable à un renouveau de la pratique de la surélévation et de l’utilisation de certaines parcelles laissées vacantes.

Cela peut être un atout pour Paris, densément bâtie depuis longtemps, désireuse d’augmenter son offre en logements tout en introduisant des surfaces vertes et en incitant à la rénovation de son bâti ancien pour le rendre moins énergivore (renforcement de l’isolation des toitures) et moins sensible aux îlots de chaleur urbains.

A titre d’exemple, l’Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur) a mené une étude sur la question de la végétalisation comme un levier, parmi d’autres, d’adaptation de la ville au changement climatique. L’objectif est de fournir à la capitale les éléments techniques qui lui permettront de développer, le cas échéant, la végétalisation de toitures terrasses. Le potentiel total est évalué à 460 hectares (44 ha déjà végétalisés, 80 ha prêts à l’être et les 380 restants demandant des adaptations plus conséquentes).

L’Apur a également analysé les incidences de la loi Alur (*) sur l’évolution du bâti parisien. Les situations urbaines et les types de tissus urbains les plus propices à recevoir de nouveaux logements notamment par la surélévation sont : les avenues et les boulevards de grande largeur (potentiel de 1580 parcelles), les rues de moyenne largeurs (potentiel de 4900 parcelles), l’angle des voies et les carrefours lorsque leur géométrie est complexe (potentiel de 2550 parcelles).

Le cas des immeubles d’angle retient particulièrement notre attention. Les principales raisons : une faible profondeur des parcelles d’angle (inférieure à 20 m) et souvent l’absence de bâtiment en second rang favorisent un projet de surélévation, de même que la présence de murs mitoyens aveugles émergeants (souvent de 2 à 3 niveaux). Ces « dents creuses » disposent de vues dégagées dans plusieurs directions toujours appréciées dans le logement urbain. Elles offrent aussi des possibilités plus riche de traitement architectural (pan coupé, rotonde, signal urbain, ...).

Dès lors, faut-il mieux végétaliser, figer ou densifier (au risque de saturer) les centres villes ? Chaque option à ses avantages et la réponse se situera donc vraisemblablement dans la complémentarité.

Pour Philippe Simon, architecte DPLG, Maître-Assistant à l’ENSA de Paris-Malaquais,
« végétaliser, ce n’est pas mettre un peu d’herbe pour décorer. En revanche, si la toiture est un support pour un jardin potager, des panneaux solaires ou des petites éoliennes, cela mérite réflexion. Je ne suis pas non plus un fervent partisan de la surélévation des « dents creuses » car elles participent à la diversité chromatique du paysage parisien et à la qualité du ciel. Je plaide davantage pour la surélévation d’immeubles déjà assez hauts. A ce stade, je trouve que le débat sur l’évolution des volumétries des bâtiments est insuffisant et certains arbitrages parfois dogmatiques. Il faut considérer que chaque cas est particulier et systématiquement réinterroger la qualité du paysage ».

Je soutiens la position de Philippe Simon.
En tant qu’industriel du zinc, nous sommes évidemment favorables à un classement d’une partie des toits du Paris historique (bords de Seine et « beaux quartiers », lire aussi ma tribune : Toits de Paris au patrimoine mondial de l’Unesco : protéger et mettre en valeur).
Végétalisons, dans la mesure du possible, notamment en commençant par les bâtiments publics à toit plat dont l’état pourrait se servir pour « amorcer la pompe ».
Quant à la surélévation (lire mon ma chronique La surélévation : peut-on s’en passer ?), elle devra se pratiquer à bon escient (lire aussi le post: Surélévation urbaine : solution pour logements sociaux ou penthouses de luxe ?) pour préserver, à Paris et ailleurs, la spécificité architecturale et le cachet du « skyline» urbain.

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Roger Baltus
Ingénieur- Architecte
Directeur Communication de VMZINC

 

  Chronique de Roger Baltus